Homélie du 4e Dimanche de Pâques "A" / Dimanche du Bon Pasteur
L’extrait de l’Évangile selon saint Jean que nous venons d’écouter, bien-aimés de Dieu, évoque deux images fortes pour parler de Jésus : il est le Pasteur, le Berger ; il est la Porte des Brebis.
Dans les steppes ou les déserts de la Terre sainte, la présence ou l’absence du berger est pour le troupeau une question de vie ou de mort. C’est lui, en effet, qui libère le troupeau hors de l’enclos, c’est lui qui marche devant - et non derrière - à la recherche des pâturages que, sans lui, grégaire, apeuré, étourdi, le troupeau ne trouverait jamais. C’est lui qui conduit au point d’eau, recherche l’ombre en plein midi, et le soir, retrouve les sentiers du bercail. Lui seul est capable d’éloigner le loup, ennemis des brebis.
Évoquer donc Jésus ici comme le Pasteur, le Berger (et plus tard le verset 11 de ce même chapitre 10 va utiliser un qualificatif « ὁ καλός », « le beau ») c’est-à-dire qu’il est celui qui n’abandonne pas ses brebis même quand le loup se pointe mais qui les protège ; c’est celui qui conduit ses brebis vers de frais pâturages car la beauté intégrale des brebis est son souci fondamental, ceci dans le seul but de les rendre permanemment aussi frais que lui ; c’est lui le Berger le beau qui se distingue du mauvais berger en ce qu’il connaît ses brebis. C’est pourquoi il peut appeler chacune par son nom. Dans la Bible, le verbe connaître est parfois traduit par « aimer ». Dire que le Christ connaît chacune de ses brebis que nous sommes c’est-à-dire qu’il nous aime en nous gratifiant quotidiennement de son amour et c’est-à-dire qu’à ses yeux, chacun et chacune est précieux, précieuse et donc a une valeur originale et unique. Par ailleurs, dans les Saintes Écritures, appeler une personne par son nom, c’est entrer en contact personnel avec celle-ci par son identité profonde. Si Jésus est donc capable d’appeler chacun et chacune par son nom c’est parce que nous connaissant, il veut nous proposer une intimité profonde et vitale, celle qu’il a avec son Père. Et c’est donc à juste titre qu’il a voulu tous nous associer à sa mort et à sa résurrection afin que nous soyons capables de reconnaître sa voix lorsqu’il appelle chacun et chacune de nous par son nom. Cette intimité profonde de Jésus avec nous, lui donne ainsi d’être la Porte, deuxième image forte évoquée dans cet extrait de l’Évangile selon saint Jean.
Une porte, c’est ce sans quoi une maison ne serait qu’un monde clos. C’est le passage par où l’on entre pour venir s’abriter, se nourrir, se reposer ; c’est le passage où l’on sort pour aller se détendre, rencontrer le monde et les hommes, travailler au dehors. Quand une porte est fermée derrière soi, c’est l’heure de l’intimité, de la prière, du repos. Et quand une porte est ouverte devant soi, c’est l’avancée sur la route. Une porte solide protège contre l’intrus ; une porte fragile, par contre, ne résiste pas à l’insistance de l’ennemi. Si elle tient, c’est la sécurité ; si elle cède, c’est la ruine.
C’est dans la simplicité de cette image familière de la Porte que nous voyons en Jésus le passage qui nous révèle les richesses les plus profondes de notre intériorité. Et le passage qui nous enseigne le sens ultime de toutes les choses du dehors, lui qui connaît tout à la fois le cœur de l’homme et les mystères les plus grands de ce monde qu’il a lui-même créé. Si Jésus est la porte des brebis, par laquelle elles peuvent entrer et sortir librement c’est parce qu’il est la sécurité et le salut de celles-ci. Sans le Christ en effet notre existence ne serait qu’un huit clos. Il est le passage vers le Haut, le plus intime ; vers la vérité, la lumière, la paix qu’il est littéralement devenu lui-même notre Pâque c’est-à-dire notre passage obligé vers le Père. Frères et sœurs en Christ, en cette 63e journée mondiale de prière pour les vocations célébrée en ce dimanche, une invitation pressante à vivre la dimension missionnaire de l’appel chrétien nous est lancée. Si nous recevons de Dieu son don d’amour, ce n’est certainement pas pour être consolé en privé. Nous sommes touchés et transformés par la joie de se sentir aimé de Dieu. Cette expérience nous sommes appelés à la partager avec les autres. Le Christ Jésus voudrait que nous nous mettions au service de la Vie, la Vie en abondance qu’il accorde à ses brebis, donc à nous. Voilà son Projet, son dessein. Voilà ce qui anime son cœur. Et voilà ce qui doit motiver tous les baptisés appelés à cette mission confiée à l’Église. Voilà ce qui doit motiver ceux et celles qui ont accepté de suivre les traces du Berger, le beau, à travers une consécration spéciale, les prêtres, les religieux et les religieuses. Chacun et chacune selon son statut, sa vocation, de là où il se trouve doit donc s’interroger profondément : En quoi suis-je partenaire de la mission de l’Église ? En quoi je réponds à la vocation de servir pour que l’Église serve ? En quoi suis-je au service de la vie des hommes et des femmes, de la vie de chacun et de chacune appelé par son nom, respecté(e) dans sa dignité ?
Il est temps pour chacun de nous de récouter la voix du Berger qui te connaît, qui me connaît, de passer par la porte qu’est le Christ en toute vérité pour sortir et entrer librement, de réapprendre à vivre autrement et à nous organiser autrement. Que la grâce de l’Esprit Saint nous soutienne et nous accompagne. »
