SYNTHESE DE LA LEÇON INAUGURALE DU 13/10/2025
« La formation des futurs prêtres à l’esprit missionnaire »
« La formation des futurs prêtres à l’esprit missionnaire » est bel et bien le thème de la Leçon inaugurale tenue par l’Abbé Dr Ephrem BELUI, Docteur en Théologie biblique et Enseignant à l’UCAC-ICY, le lundi 13 octobre 2025 au sein du Grand Séminaire Provincial Saint Paul VI – Théologat de Douala. Il a structuré ladite leçon en deux grandes parties inspirées des paradigmes missionnaires qui ont fortement influencé les Missions Catholiques dans les périodes préconciliaire, conciliaire et postconciliaire.

La première partie a ainsi été consacrée à la Mission avant le Concile Vatican II : comment était-elle conçue et pratiquée dans cette période préconciliaire ?
Selon l’Abbé Dr Ephrem, la mission était conçue comme un « aller vers » les « terres de mission » (la « mission au-loin ») afin d’y apporter l’Évangile et d’y faire des disciples du Christ par l’entremise du baptême. C’est dans cette logique que les Missionnaires tels que François-Xavier, Matteo Ricci et Roberto De Nobili furent envoyés en Asie entre le XVIème et le XVIIème siècles. C’est également dans cette logique qu’est née, en 1622, la Sacrée Congrégation pour la propagation de la foi (Sacrae Congregationis de Propaganda Fide) fondée par le Pape Grégoire XV dans l’optique d’organiser l’activité missionnaire de l’Église. Et il faut relever ici que si Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (1873-1897) a été proclamée Patronne des Missions par le Pape Pie XI en 1927, c’est parce qu’elle a partagé et soutenu cette perspective missionnaire. Bien que n’étant jamais sortie de son couvent pour la propagation du message chrétien, elle avait un cœur de missionnaire qui se manifestait par son intention apostolique et son désir profond de sauver les âmes et de faire connaître l’amour de Jésus. Elle accomplissait tout cela par la prière, ses souffrances offertes à Dieu et son amour pour l’Église et le monde entier.
Malheureusement, la conception et la pratique missionnaires préconciliaires, faut-il le souligner, ne sont pas restées intactes avec l’avènement du Concile Vatican II. Cette assertion a permis à l’Abbé Dr Ephrem d’aborder la deuxième partie de sa réflexion consacrée à la conception et à la pratique missionnaires à partir du Concile Vatican II. Ce Concile, à travers sa redécouverte et sa revalorisation du sacerdoce commun des fidèles a fondé l’être « missionnaire » sur le baptême. À partir de ce moment, l’appellation « missionnaire » n’a plus été attribuée seulement à l’agent propagateur de la foi issu d’une Congrégation religieuse ou d’un Institut missionnaire Catholique, mais à tout baptisé devenu « disciple missionnaire » (cf. Mt 28, 19 ; François, Evangelii gaudium, no 120). Cette expression (« disciple missionnaire ») dont le contenu abonde dans les documents conciliaires tels que Lumen gentium (21/11/1964), Ad gentes (07/12/1965) et Gaudium et spes (07/12/1965) a connu un approfondissement et un développement impressionnants dans la période postconciliaire. Rappelons-nous simplement, à cet égard, le Document Aperecida (29/06/2007) de la 5ème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes qui met l’accent sur le rôle du chrétien en tant que « disciple missionnaire ». Mais il faut reconnaître, en toute objectivité, que c’est l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium (24/11/2013) du Pape François qui développe davantage cette expression et permet d’appréhender, de manière holistique, la mission du chrétien sous cette modalité. Dans la perspective du paradigme missionnaire d’une « Église "en sortie" » (cf. Evangelii gaudium, no 20-24), cette modalité doit pousser le chrétien et l’Église toute entière à aller vers les « périphéries existentielles » qui, loin d’être seulement les périphéries géographiques, sont les marges de l’existence humaine où se trouvent les exclus de la société, les souffrants, les exclus de la foi et de la justice, mais aussi des zones de misère, de solitude et de tristesse. L’Église constituée des « disciples missionnaires » est appelée à sortir de ses structures (les « péricentres ») pour aller à la rencontre de ces personnes afin de leur apporter l’espérance et la compassion.
Avant de mettre un terme à sa réflexion, l’Abbé Dr Ephrem a soulevé une interrogation intéressante dans l’optique de permettre aux Séminaristes et aux formateurs de rester en lien avec les réalités pastorales de leurs contextes : comment vivre concrètement en « disciple missionnaire » dans le ministère pastoral ?
Selon lui, le prêtre en tant que missionnaire devrait : 1) savoir et devoir toujours partir comme Abraham (cf. Gn 12, 1) car la mission part toujours d’un appel. On ne s’autoproclame pas missionnaire mais on reçoit la mission, on est envoyé. C’est bien cela le sens de l’hébreu shaliah ; 2) faire la mission et seulement la mission que le Christ lui a confiée en suivant les orientations pastorales des évêques (issues des Journées pastorales, du Guide ou Plan pastoral, etc.) et des curés (lorsque le prêtre est vicaire sous l’autorité d’un curé) ; 3) avoir l’humilité d’accepter ce qui lui est demandé par ses supérieurs même si cela lui exige des sacrifices ; 4) fuir la médiocrité qui est contraire à sa mission car le Christ affirme qu’il est le « Pasteur parfait ». Cela exige du prêtre, l’excellence ; 5) œuvrer dans une fidélité créatrice qui se fonde sur le principe sacrosaint de la continuité – discontinuité. Ici, l’innovation est légitime à condition qu’elle soit faite dans l’esprit des Apôtres, mieux, de l’Église ; 6) être un témoin imitateur du Christ (la marturia) capable de dire à ses ouailles comme l’Apôtre Paul aux Corinthiens : « Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ » (1 Cor 11, 1).
Pour conclure, l’Abbé Dr Ephrem a invité chaque participant à réfléchir profondément sur son témoignage (marturia) chrétien autour de la question suivante : suis-je vraiment un imitateur du Christ à travers ce que je fais ? Selon lui, la réponse à cette question est déterminante pour la qualité du ministère pastoral puisque c’est la « marturia » qui donne sens aux trois autres piliers de la pastorale à savoir, la « leitourgia », le « kerygma » et la « diaconia ». C’est pour cette raison que le Pape Paul VI avait demandé aux Africains d’être des missionnaires d’eux-mêmes (cf. le Discours de Paul VI à Kampala, en Ouganda, le 31 juillet 1969). En s’efforçant d’être ces missionnaires dans leur propre terre africaine, ils sont quotidiennement appelés à relever le défi d’être véritablement Africains et véritablement Catholiques. Ce double défi est incontestablement celui de l’inculturation qui devrait déboucher sur la maturité et l’authenticité de la foi chrétienne en Afrique.
Par le Révérend Abbé Docteur André Marie DJON LIMAY
Préfet des études
