Éditorial du Père Spirituel
La formation spirituelle, cœur de la formation presbytérale.
L’étape des études théologiques, centrée sur la configuration au Christ, vise de manière particulière, « la formation spirituelle propre au prêtre » . Le décret conciliaire Optatam Totius sur la formation des prêtres dit de celle-ci qu’elle requiert une attention particulière . L’exhortation Post-synodale Pastores Dabo Vobis dit clairement que la formation spirituelle constitue « l’élément le plus important dans l’éducation sacerdotale » . Tous les documents magistériels nous rappellent la centralité de la vie spirituelle dans la formation du futur prêtre ; elle « constitue le ‘’cœur’’ qui unifie et vivifie son ‘’être’’ et son ‘’agir’’ » . Cette formation tend d’une part à obtenir du futur prêtre qu’il fasse l’expérience profonde du Christ qui, rencontré, connu et aimé devient celui qui façonne toute sa vie et lui donne sens ; de telle sorte que par une conformation graduelle de toute sa vie au Christ, il soit pénétré de son esprit jusqu’à en épouser les sentiments et les comportements. Elle est d’autre part, une initiation au don authentique et plénier de soi pour le service pastoral du peuple de Dieu à l’imitation du Christ, Bon Pasteur plein de miséricorde qui donne sa vie pour ses brebis et accorde à chacune un soin et une attention de cœur. Elle se veut exigeante et appelle par conséquent le séminariste à la rigueur et à la constance dans son engagement : engagement de cœur ’’à vivre dans la communion continuelle et familière avec le Père, par son Fils Jésus- Christ dans l’Esprit-Saint’’ , engagement permanent à suivre le Christ sur les chemins de la sainteté évangélique, ‘’à vivre les vertus cardinales et théologales ainsi que les conseils évangéliques, à être docile à l’Esprit- Saint, à son œuvre dans nos cœurs et à l’accueil de ses dons’’ .
La formation spirituelle qui est essentiellement une œuvre de transformation du cœur de l’appelé, le conduit à une maturité humaine de fond dans le Christ à travers le développement de certaines vertus spécifiques qui ont clairement trait au style de vie de celui à qui il veut être configuré :La fidélité, la cohérence, la sagesse, la faculté d’accueil de tous, l’affabilité, la fermeté sur les choses essentielles, le détachement des points de vue trop subjectifs, le désintéressement personnel, la patience, le gout de l’engagement quotidien, la confiance dans le travail caché de la grâce qui se manifeste chez les gens simples et pauvres .
Sa vie doit épouser les conseils de l’Apôtre Paul à son disciple Tite :
Il faut que l’homme de Dieu soit sans reproche, puisqu’il est l’intendant de Dieu, il ne doit être ni arrogant, ni coléreux, ni buveur, ni violent, ni avide de profits malhonnêtes ; mais il doit être accueillant, ami du bien, raisonnable, juste, saint, maitre de lui. Il doit être attaché à la parole digne de foi, celle conforme à la doctrine .
En somme, sa vie doit porter ‘‘tout ce qu’il y a de vrai et de noble, de juste, et de pur, d’aimable et d’honorable, tout ce qui s’appelle vertu et mérite des éloges’’ .
Il arrive aujourd’hui que certains candidats au sacerdoce, arrivés en théologie, ne perçoivent pas toujours cette centralité de la dimension spirituelle dans leur parcours de formation. L’un des manquements qu’on remarque chez eux c’est celui d’une formation intellectuelle qui hypertrophie le discours rationnel et critique en négligeant de prendre en compte le cœur. C’est pourquoi Saint Jean Paul II parlait de l’importance pour le futur prêtre de l’acquisition d’une ‘ ‘théologie à genoux’’ c’est-à-dire de ne pas faire de la théologie une matière purement spéculative mais l’assimiler, se nourrir de la Parole de Dieu afin que l’intelligence de la foi devienne une conviction vitale, une sagesse qui nourrit sa relation à Dieu des mystères de la foi approfondis par une intelligence qui descend jusqu’au cœur. Il réaffirmait ainsi ce que le Saint Concile avait déjà mis en lumière :
Les disciplines théologiques doivent être enseignées à la lumière de la foi et sous la conduite du Magistère de l’Eglise, de telle sorte que les séminaristes puisent avec le plus grand soin de la doctrine catholique dans la Révélation divine, la pénètrent profondément, en fassent l’aliment de leur propre vie spirituelle .
Oui, la dimension spirituelle, la dimension mystique, définit en tout premier lieu l’être sacerdotal. L’appel à devenir prêtre est avant tout un appel spécifique à l’amitié et à la communion avec le Christ, laquelle communion active aux très Saints mystères de l’Eglise en premier lieu l’Eucharistie et l’office divin ; le service de la charité à l’égard des petits .
L’œuvre pontificale de Saint Pierre Apôtre, dans une lettre du 13 Mai 2017 adressée aux recteurs au sujet de la Nouvelle Ratio Fundamentalis Sacerdotalis (8 Déc. 2016) disait fort à propos : la formation des appelés :
Loin de se limiter à garnir le cerveau des notions intellectuelles, concerne le séminariste dans l’intégralité de sa personne, et se définit avant tout comme une expérience de disciple, qui rapproche du Christ et permet de se configurer en permanence à lui, Serviteur suprême et Bon Pasteur.

