PROJET ÉDUCATIF 2025/2026
LA MISSIO DEI (Dei Verbum n° 2)
DIEU COMME FONDEMENT ET SOURCE DE LA MISSION
La nouvelle Ratio Fundamentalis Sacerdotalis Institutionis est intitulée, « le don de la vocation presbytérale ». C’est l’un des documents fondamentaux qui définissent la formation au sacerdoce, donne le sens, le contenu et le but de la vocation du séminariste. La Ratio entend la vocation comme un « don » qui prend son origine dans une communauté paroissiale ou religieuse, « mûrit et prend forme au séminaire dans le cadre d’une communauté éducative (…) et amène le séminariste au service d’une communauté concrète » (RF, Introduction, § 3). La vocation au sacerdoce ne peut donc pas être vécue de manière individualiste. Elle a un caractère éminemment communautaire, pastoral et missionnaire (RF, Introduction, § 3). Dans le contexte qui est le nôtre, quel constat pouvons-nous faire ?

Le Dicastère pour l’Evangélisation le mentionnait lors de la Formation des Recteurs á Rome d’octobre 2024 á février 2025 pour le regretter, que la vocation au sacerdoce est aujourd’hui marquée par le cléricalisme et la perte du sens de la mission. Beaucoup de prêtres ordonnés attendent les chrétiens sur place et renoncent á aller dans les périphéries à la recherche de « nouvelles brebis ». D’autres encore, minés par le cléricalisme, négligent la mission et s’installent dans une bureaucratie stérile. Pourtant, le monde se déchristianise dans le Nord (Europe, Amérique), mais aussi en Afrique au Sud du Sahara, même si c’est de manière discrète et imperceptible. Si le prêtre se coupe de la mission, il perd sa raison d’être. Il n’est plus au service de l’Eglise qui est par nature, missionnaire. Il faut donc affirmer la nécessité de la mission á la suite de Saint Paul (1 Co 9, 16) : « Malheur à moi, si je n’annonce pas l’Evangile » (1 Co 9, 16).
Dans la Constitution dogmatique du Concile Vatican II Dei Verbum n°2, il est écrit : « Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (Ep 1,9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de sa nature divine (Ep 2, 18 ; 2 P1, 4. Par cette révélation, le Dieu invisible (1 Col 1, 15) ; 1 Tim 1,17) s’adresse aux hommes en surabondant amour comme à des amis (Ex 33,11 ; Jn 15, 14-15) ; il s’entretient avec eux (Ba 3,28) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie ». Ces premières affirmations de Dei Verbum définissent non seulement l’essence trinitaire de la Révélation, mais définissent le Dieu Trinitaire comme Fondement et Source de la Mission. La Sainte Trinité comme Communion éternelle d’Amour du Père, du Fils et du Saint Esprit révèle que Dieu est en Lui-même Mission d’Amour. En effet, Dieu est l’Amour comme épanchement vers le Tout-autre, vers ce qui n’est pas soi. Il sort de lui-même pour chercher la rencontre avec l’autre non par nécessité ontologique, non par désir d’accroissement de l’Être Divin, mais par amour, parce qu’il est lui-même Amour, et que la nature de l’Amour, c’est de donner et de se donner.
Le Dieu Trinitaire est en Lui-même Communion, Mouvement, dynamique interne et externe. Dans ce sens, la Missio Dei implique donc :
- Que Dieu est en Lui-Même Communion dans la distinction des Personnes trinitaires, communion comprise comme mouvement du Père vers le Fils et l’Esprit Saint dans une unité indéfectible sans confusion.
- Que Dieu a toujours recherché le dialogue avec l’homme et le monde.
- Que Dieu hier comme aujourd’hui agit et se laisse rencontrer.
- Que l’agir divin concerne toute la création et dépasse largement les frontières de l’Église.
C’est Dieu Lui-même qui est donc le Fondement de la Mission. L’Église la reçoit de Dieu. Et Dieu ne donne pas á l’Église ce qu’il n’est pas. Parce qu’il se révèle en lui-même Mission d’Amour, il donne à l’Église d’être Mission à son tour dans le monde qui est le sien. Il n’y a pas mission parce que l’Église l’aurait invitée ; il y a mission parce que Dieu Lui-même, Source de l’Amour, est Fondement de la mission. Le Dieu chrétien ne trône pas dans une majestueuse et divine suffisance ; Il n’est pas retranché dans une intouchable et infranchissable souveraineté. Chez les Grecs, les dieux sont saints, parce qu’ils sont inaccessibles, intouchables et se suffisent á eux-mêmes dans leur silence absolu. L’absoluité de ces divinités s’affirme dans leur absolue transcendance sur le monde et l’histoire. Le Dieu chrétien par contre n’est pas retranché dans un solipsisme ontologique, mais il se penche vers la création et vers l’homme par amour, afin de le laisser participer à sa vie divine. Il est vraiment l’Emmanuel, Dieu – avec – nous. Dans son amour éternel, il envoya son Fils, Verbe éternel fait chair, Verbe de vérité. L’Esprit PARACLET qui procède du Père et du Fils vient conduire les hommes vers la vérité toute entière comme principe de sanctification. « Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a envoyé son Fils, afin que celui qui croit en lui, ait la vie éternelle » (Jn 3, 6). Le Père engendre le Verbe éternel hors du temps, c’est-à-dire de façon éternelle ; par l’Amour du Père et du Fils, procède le Saint Esprit.
Si le « Deus UNUS et TRINUS » est en lui-même dynamique relationnelle comme disposition interne de sa substance, l’Église ne peut se comprendre que comme une Église en mouvement en vue de la mission. Le christianisme est donc pour cela une religion missionnaire. Dans le Décret Ad Gentes N°2 du Concile Vatican II, l’Église est par nature missionnaire. Celui qui dit Église, dit Mission. Ce qui est premier, ce n’est pas l’Église ; c’est la mission (AG2). Si l’Église arrête la mission, elle cesse d’être l’Église du Christ ; elle coupe son lien naturel avec la Sainte Trinité qui est en elle-même Mission d’Amour.
L’Église n’est pas fondée pour le confort, mais en vue de la mission. Si elle n’est plus missionnaire, elle ne correspond plus à la volonté du Christ qui l’a fondée. Si Dieu est en Lui-même Mission, alors toute mission trouve son origine dans la communion trinitaire. Le prêtre de Jésus-Christ au service de Dieu dans l’Église du Christ ne trouve son identité plénière que dans l’exercice de la mission. Le séminariste d’aujourd’hui, prêtre de demain, doit donc acquérir dès le séminaire, l’esprit missionnaire à travers une formation qui le configure au Christ, son seul exemple, missionnaire par excellence.
Par le Révérend Abbé Docteur Daniel BILONG
Recteur du Grand Séminaire Provincial Saint
Paul VI de Douala, Nkong-Bodol
