Homélie de Pâques 2026 [05/04/2026]

Aux environs de l’an 30 de notre ère, un Juif marginal d’une province marginale subit la peine maximale de la crucifixion sur ordre du Procurateur romain Ponce Pilate. Il a beau se laver les mains qu’il n’a rien à voir dans la mort du Galiléen ; l’histoire retiendra que c’est lui qui scelle définitivement le sort du Juif marginal, Jésus de Nazareth, que ses propres frères ont livré au Procurateur romain. Oui chers frères et sœurs ! Jésus n’est pas du pouvoir central juif tenu par le Sanhédrin en majorité Sadducéens. Il est un homme des périphéries oubliées et méprisées. Pierre rappellent les humbles commencements de Jésus de Nazareth en Galilée après le baptême de Jean pendant lequel Dieu l’investit de puissance par l’onction de l’Esprit Saint.

Cette puissance divine par l’onction de l’Esprit Saint fait un avec la personne de Jésus et se rend manifeste dans les actes sotériologiques de libération du pouvoir du diable. Malheureusement, il est supprimé par crucifixion sur une double accusation, religieuse et politique.

Pour les Juifs, c’est un blasphémateur, parce qu’il a osé parlé contre le temple, le lieu saint où se trouve le Saint des Saints. Comme ce motif ne suffisait pas pour exiger sa mort, un autre motif viendra se greffer au premier : Trahison vis-à-vis de l’empereur, car il prétend être le roi des juifs.

Jamais un procès n’a aussi été si controversé. Il est traversé par les contre-témoins, par les hésitations d’un Ponce Pilate pusillanime ; par un Sanhédrin divisé, par une foule manipulée qui finalement réclamera la libération d’un criminel Barabas et la condamnation de l’Innocent par Excellence, Jésus de Nazareth.

 

Chers frères et sœurs, le monde et l’histoire aurait pu s’arrêter là sans l’autre lendemain. C’en serait fini avec le juif marginal Nazaréen avec son influence qui mobilisait des foules derrière lui ; c’en serait fini avec les douze Galiléens, serviteurs d’un rêve qui aura duré 03 ans ; c’en serait fini des guérisons qu’on aurait classé au rang des actes de thaumaturges possédé par Beelzebul. Mais non ! la mort de Jésus et son ensevelissement n’est pas le coup de grâce qui clos une histoire dérangeante et bouleversante ; mais le sépulcre devient le germoir d’une nouvelle existence du Crucifié de Golgotha par cette vérité éternelle annoncée par les femmes Marie Madeleine, par l’Evangéliste Jean : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ».

 

Oui chers frères et sœurs, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Il est impossible que le Bien soit vaincu par le Mal ; que la lumière soit enfermée dans l’obscurité du tombeau, que la Vérité soit étouffée par le Mensonge, que la Vie soit enfermée par le néant du tombeau. Oui, Marie Madeleine a raison : Le tombeau est vide. Il doit être vide, car celui qui a ressuscité les morts ne peut pas lui-même être prisonnier du tombeau ; il doit être vide, car celui qui est venu donner la vie en abondance ne peut pas rester enchaînée par les forces de la mort.

 

Le constat du tombeau n’inspire ne suscite pas la foi en la résurrection, mais plutôt la peur chez Marie Madeleine. Pierre lui-même ne va pas plus loin que le constat d’un tombeau vide, des lings posés à plat, le suaire roulé à part à sa place. Avant de quitter le tombeau le Ressuscité a pris de soin de faire son lit. Sa puissance divine renverse La pierre pesante, et inaugure une fois pour toutes le temps de la victoire de la vie sur la mort. Le tombeau vide n’est pas une source de la résurrection, mais un signe que seul celui qui croit peut comprendre et interpréter. Pour celui qui ne croit pas, le constat du tombeau vide conduit à l’hypothèse du vol du corps et d’une tombe profanée. Mais pour Jean qui aime, le tombeau vide conduit à la foi en la résurrection : il vit et il crut.

La Résurrection du Christ que nous célébrons avec solennité est accessible à ceux croient, pas aux assoiffés des preuves scientifiques. Devant la splendeur de la vérité de la résurrection, la science reste limitée, ses procédés insuffisants, sa méthode impertinente, sa perspicacité impuissante. Elle ne peut que constater l’inexplicable renversement de l’histoire des témoins de la résurrection qui passent de la peur au courage, puis au clou du martyre. L’historien ne peut se rendre à l’évidence, que l’humanité dans son histoire est bouleversée : le juif marginal d’une province marginale est devenu le centre de l’histoire et le but ultime où converge depuis deux mille ans l’histoire. Le monde lui-même exulte dans une jubilation cosmique en confessant au ciel, sur terre et aux enfers : « Jésus-Christ est Seigneur ».

Chers frères et sœurs, depuis 40 Jours, nous sommes préparés à célébrer la solennité des solennités, la Résurrection de Jésus-Christ. Ce serait nous faire illusion, si la résurrection restait une simple vérité dogmatique suspendue dans l’abstraction et les concepts. Elle doit signifier existentiellement quelque chose dans notre histoire concrète et dans notre vie quotidienne. C’est pour cela que Saint Paul nous demande de tendre vers les réalités d’en haut, et non pas vers celle de la terre. Les réalités de la terre, nous les connaissons : c’est la bassesse, c’est la rancune, c’est la trahison, c’est le mépris, c’est la jalousie. Vivre en ressuscité, vivre la résurrection, c’est savoir prendre de la hauteur, savoir prendre de la hauteur par rapport à tout ce qui tue le Christ.

Vous allez partir en congés après cette messe. Ne vous laisser jamais abattre quand vous avez été trahi. Souvenez-vous que le Christ le premier a été trahi par nos faux geste d’amour de l’un de ces plus proches. Dites à ceux et à celles qui sont trahis dans vos familles, dans vos amitiés, que le Christ a vaincu la trahison en pardonnant.

            Dites à ceux qui sont méprisés et blessés que la résurrection du Christ restaure la dignité de chaque personne humaine, surtout les plus faibles et les plus abandonnés. Vivre de la résurrection c’est renoncer soi-même à mépriser et à blesser, même quand ou aurait raison de le faire. Dans celui ou celle qu’on blesse et qu’on méprise, le Christ Ressuscité s’y trouve. Refusons de crucifier Jésus me nouvelle en lui infligeant même indirectement de nouvelles souffrances.

            Vivre de la résurrection implique un changement de regard et de perspectives. Cela implique un changement de vie. Notre monde a besoin de résurrection. Notre pays a besoin de ressusciter, de sortir de ses ténèbres et de voir la lumière du Christ qui refait tout à neuf.

Avec la resurrection, nous sommes passés de la mort à la vie.

Ne prenez pas pour modèle le Monde qu’on nous dit St Paul, Mais transformez-vous par renouvellement votre façon de voir pour reconnaître quelle est la volonté de Dieu ; ce qui est bon ; ce qui est agréable de lui plaire, ce qui est parfait.

Vous êtes envoyés dans le Monde pour transformer ce Monde. Ne vous laissez pas transformer par le Monde. On doit sentir partout où vous êtes, la présence de Jésus Christ ressuscité. Dans votre bureau, dans vos familles, dans nos réunions, dans votre langage. On doit reconnaitre un séminariste dans sa singularité en plein marché, peuplé de 1000 personnes. Sa lumière, sa manière de faire doivent le distinguer. Mais si on ne peut pas me distinguer au milieu de 100 personnes, je dois me remettre en question. Je dois me demander, si je suis vraiment Prêtre ou séminariste, si je vis vraiment de la résurrection.

Le Monde a horreur de ceux et celles qui font autrement. Ayons le courage de la différence. Avoir le courage de la différence, ce n’est pas faire l’ange, ce n’est pas devenir un donneur de leçon : c’est une attitude ; c’est un témoignage. Vous serez mes témoins ; telle est notre devise. Cela suffit pour me convertir et convertir le Monde.

Toi Seigneur, l’Agneau immolé, qui a triomphé du mal en ressuscitant, donne-nous la force comme Marie Madeleine d’annoncer au Monde par notre témoignage, que tu es vivant. Que la lumière rayonne en nous et autour de nous ; que la lumière rayonne sur le monde et qu’elle transforme le cœur de l’homme. Que l’espérance naisse où le désespoir semble régner ; Que le Mal soit vaincu par le Bien ; et que nos tombeaux  existentielles se transforment en germoirs de vie éternelle. Amen.