HOMELIE DU PREMIER DIMANCHE DE CAREME ANNEE A
Homélie du Premier Dimanche de Carême Année A
Dieu a créé le monde et a placé l’homme au milieu du monde, afin qu’il soit heureux. Le bonheur de la créature devait être garantie dans sa proximité avec son Créateur, tout cela dans une harmonie cosmique des êtres, chaque être restant à la place à lui assignée par le créateur. Tant que chaque être était à sa place l’harmonie universelle cosmique régnait, jusqu’au moment où, le serpent, jaloux de l’homme vient lui inspirer l’idée de devenir comme Dieu, c’est-à-dire de quitter sa place de créature et d’arracher par la ruse le statut de celui qui connaît le Bien et le Mal.
Le péché originel est donc une révolte de l’homme qui se fait concurrent de Dieu, qui veut être Dieu, sans Dieu, qui refuse sa place de créature pour conquérir celle de Dieu, qui brave par orgueil l’interdit de Dieu pour devenir son concurrent.
Nous savons tous que Ève, la Mère de l’humanité, n’avait pas faim pour vouloir à tout prix manger de ce fruit défendu, puisqu’elle avait accès à d’autres fruits des arbres au jardin. Mais elle avait une autre faim que le serpent avait fait naître en elle. Elle va communiquer cette faim à Adam, de la liberté de choisi par soi-même sans référence à Dieu. Et au lieu d’être rassasié par le fruit, ils prennent plutôt conscience qu’ils sont néants. Et le constat du néant, après tant d’efforts, les installe dans la honte. Et la honte, les pousse à la fuite vis-à-vis de Dieu. Ils ne peuvent plus supporter de le regard de Dieu, ni sa présence parce qu’ils l’ont trahi. L’expérience de l’exercice d’une liberté sans Dieu abouti à l’échec et au chaos cosmique. Le péché, bouscule l’ordre du monde, tel que voulu par Dieu, chacun doit désormais se débrouiller sans Dieu. Le péché mes frères et sœurs est un mirage. Il ne s’affiche jamais avec sa face hideuse et laide. Il sait que s’il s’affiche avec hideur et laideur personne ne pourrait le désirer, car tout homme, selon saint Thomas, veut naturellement ce qui est bon. Et parce que tout homme veut naturellement ce qui est bon, le péché se présente toujours à nous avec un aspect flatteur et attrayant. Et après il nous installe dans la honte et le regret.
Jésus dans le désert, nous apprend à démasquer la ruse du Tentateur qui, comme dans le jardin d’Eden, présente les avantages et le bon côté du péché, mais dissimule son mauvais côté.
La première tentation de Jésus au désert est en rapport avec la nourriture, tout comme dans la tentation de la Genèse. Jésus a effectivement faim après avoir jeûné 40 jours au désert. C’est à ce moment de fragilité biologique, de fragilité physiologique avec le risque élevé de défaillir, à cause de la faim, que le Diable s’approche de lui pour lui proposer un miracle dont il est capable en tant que Fils de Dieu : transformer, les pierres en pains.
Le diable lui demande de prouver qu’il est le Fils de Dieu, de lui donner les preuves de sa divinité. Jésus évite de tomber dans cette tentation d’orgueil ; mais aussi la tentation de la satisfaction des besoins du ventre, et oriente le diable vers la Parole de Dieu dont il est l’Incarnation et dont il vit. Alors qu’Adam était tombé dans la tentation de l’auto-divinisation, Jésus, triomphe du Diable par son abaissement. Alors qu’Adam et Ève étaient tombé dans la tentation de la satisfaction des plaisirs du ventre par la manducation du fruit défendu, Jésus triomphe de la tentation de consommer et place la Parole de Dieu comme satisfaction rassasiante et ultime qu’aucun autre bien de consommation ne saurait remplacer.
La deuxième tentation de Jésus, c’est par rapport au pouvoir. Le diable lui demande de prouver qu’il est Fils de Dieu en se jetant du haut du Temple et en se laissant porter par les anges, tel que l’Ecriture le mentionne dans le Ps 90.
Ici, Jésus refuse de prouver sa divinité par un acte d’éclat d’une part. D’autre part, il reconnaît qu’il est Seigneur, et qu’il est Dieu devant qui tout doit être soumis. « tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur, ton Dieu ». Marc veut montrer dans le début de son évangile que Jésus est Fils de Dieu, qu’il est Seigneur, qu’il est Dieu devant qui tout genou doit fléchir, en commençant par Satan.
Alors qu’Adam et Ève sont tentés de conquérir le pouvoir d’être les égaux de Dieu, Jésus oriente sa volonté à l’accomplissement et au respect de la Parole de Dieu.
La troisième tentation de Jésus est en rapport avec l’Avoir. Les richesses du monde et leur gloire appartiennent au Diable. Il les donne à qui il veut ; à condition de se prosterner devant lui. Alors que dans la deuxième tentation Jésus proclame sa divinité, dans la troisième tentation, il proclame son humanité. C’est à Dieu qu’on doit rendre un culte et devant qui il doit se prosterner. Et le culte qu’il rend à son Père, c’est de faire sa volonté. Et dans l’accomplissement de la volonté du Père, se trouve la plénitude de toutes les aspirations humaines. Accomplir, la volonté de Dieu, et Dieu s’occupe du reste : ta nourriture, ton avenir, tes besoins.
Mes chers frères, mes chères sœurs, le temps de carême est un temps de conversion où chacun de nous est appelé à un renouvellement intérieur par l’exercice d’un combat spirituel contre le Démon. Comme prêtre, comme religieuse, les trois tentations de Jésus au désert représentent les trois péchés qui hantent le sacerdoce et la vie religieuse.
La Tentation de la consommation, c’est-à-dire, de la satisfaction des besoins charnels. Nous avons renoncé au monde avec notre ordination, avec nos vœux, pour nous mettre à la suite du Christ. Rappelons-nous que le diable s’approcha de Jésus lorsqu’il eut faim, dans un désert où tout manque. Le diable s’approche de nous habituellement dans nos moments de fragilité où tout est désert autour de nous, pour nous proposer des formes de consolations qui plus tard, nous feront honte et nous obligeront à nous cacher. Quand tout devient désert autour de moi, Seigneur, quand mes envies me bousculent et m’envahissent, quand le mirage du péché m’éblouit, donne-moi la grâce de me réfugier dans la Parole qui apporte la vraie et seule consolation. Que de prêtres veulent trouver de la consolation dans ce qu’ils consomment. Mais plus ils en consomment goulûment, plus se creuse en eux une béance que rien ne pourra plus jamais remplir. Aide-nous à ne pas devenir des prêtres vides, nus, sans dignité, aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes.
La deuxième Tentation de Jésus qui nous hante aussi, c’est la tentation de pouvoir. Devenir plus est naturel. Les étapes de la vie nous permettent de savoir que l’homme est appelé à la croissance physiologique, intellectuelle, spirituelle, sociale. Mais devenir à tout prix chef, prouver à tout prix que j’ai du pouvoir, vouloir à tout prix accéder à tel poste de responsabilité non pour servir, mais pour démontrer ma puissance et mon pouvoir est foncièrement diabolique. Que de prêtres se détruisent dans la quête de pouvoir ! Que de prêtres émergent sur des ruines et les cendres des vies décimées par leur ambition démesurée ! Que de prêtres tombés dans l’aigreur et la fadeur, parce qu’ils n’ont pas pu satisfaire leurs ambitions ! Aide-nous seigneurs à ne pas tomber dans la tentation du pouvoir en pactisant avec le Diable. Le pouvoir qui vient de Dieu est humble, serviable, modeste, valorisant.
La troisième Tentation de Jésus qui est aussi la nôtre, c’est la tentation de l’Argent et des biens matériels. Il est difficile de nos jours, de ne pas aimer l’argent et les biens matériels. Car, ils imposent respect, considération, domination. Pour nous affirmer, nous cherchons tous de l’argent. C’est le Diable qui met au fond de notre cœur l’amour de l’argent qui est la source de tous les maux. Un prêtre qui cherche l’argent ne prie plus ; il ne compte plus sur Dieu, mais sur son argent ; il n’aime ni Dieu, ni les hommes, parce l’argent a transformé son cœur en un désert où aucune fraternité vécue ne saurait fleurir. Il est intéressé, même dans ses relations avec les fidèles, avec les prêtres, avec les amis. D’ailleurs, il choisit ses amis parmi les plus fortunés, car les pauvres l’encombrent et lui renvoient au visage l’image hideuse de la pauvreté.
Son cœur est devenu désert. Que de prêtres sont prêts à adorer le Diable pour avoir de l’argent ! Que de prêtres sacrifient leur pauvreté pour avoir de l’argent et des biens matériels.
Il faut refuser comme Jésus d’adorer Mammon. Il faut refuser en conscience de nous mettre à genoux devant les ministres et les riches pour avoir de l’argent ; il faut refuser de compromettre notre belle et sainte vocation pour avoir de l’argent.
Mes chers frères et sœurs, Dieu donne tout. Même quand notre porte-monnaie est vide, même si vous n’avez pas de compte en banque. Même si votre compte est vide, soyez en sûrs, Dieu donne tout à ses ministres. Si les ministres humains ne manquent de rien, à plus forte raison les ministres de Dieu.
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout vous sera donné. Le prêtre qui ne cherche pas l’argent en aura toujours assez ; et celui qui en cherche n’en aura jamais assez.
Est grand et respecté aujourd’hui dans notre monde, celui qui a de l’argent, celui qui a des biens une voiture, une maison.
Imposez, le respect par la pratique de la vertu et de la vraie adoration au seul Dieu.
